Ancien footballeur dans les années 80, Didier Loiseau est aujourd’hui le directeur général d’Henner Sports, un cabinet de courtage d’assurance spécialisé dans la couverture des risques sportifs. Il nous explique le rôle des assurances dans un monde comme celui du football, où l’enjeu économique est souvent de taille. Interview.

Gardien remplaçant de l’AJ Auxerre durant cinq saisons (de 1980 à 1985), Didier Loiseau a évolué ensuite à l’AS Nancy-Lorraine sous les ordres d’Arsène Wenger, l’actuel entraîneur d’Arsenal. Seulement, sa carrière de footballeur s’est essentiellement résumée à des blessures successives. Victime de luxations récurrentes de l’épaule droite, et opéré quatre fois du genou droit, il a été contraint de mettre un terme à sa carrière  à seulement 30 ans. Aujourd’hui, il est la tête d’Henner Sports, un cabinet de courtage d’assurance qui gère les contrats d’assurance de plus de 700 footballeurs en Europe.

Une reconversion cohérente

Tout d’abord, comment avez vous eu l’idée de devenir assureur, qui est votre nouveau métier ?

« Mon nouveau métier qui est quand même ancien puisqu’il remonte à plus de 30 ans ! (rires). Ma carrière de footballeur s’est terminée sur blessure et j’ai eu l’idée, en 1987, de continuer à travailler dans le sport, et surtout de mettre à profit ce que j’avais vécu. J’ai donc contacté des joueurs de football à l’époque pour leur proposer un projet qui visait à créer une structure spécialisée dans l’assurance des joueurs. »

Aujourd’hui, comment a évolué le rôle des assurances spécialisées dans le football par rapport à l’époque ou vous étiez encore joueur ?

« À cette époque, on ne faisait pas attention aux contrats d’assurance que l’on signait. Aujourd’hui tout a changé, car l’enjeu financier n’est plus le même. Maintenant, derrière chaque joueurs, il y a un conseiller financier et un avocat qui sont recrutés pour faciliter l’indemnisation d’un joueur. »

Les enjeux de l’assurance dans le foot-business

Ces derniers temps les sommes dépensées dans le football  n’ont cessé d’augmenter. Qu’est ce que cela change pour les assureurs ?

« Techniquement, les systèmes d’assurances ne sont pas compliqués. Ce qui les complexifie, c’est le nombre de zéro. Aujourd’hui, assurer un joueur pour 1 millions d’euros, et en assurer un autre pour 100 millions d’euros, ce n’est évidemment pas la même chose car il faut prendre en compte les risques cumules auquels les joueurs peuvent être confrontés. »

Lorsqu’un joueur de classe mondiale signe dans un nouveau club, on parle d’un contrat homme-clé. Qu’est ce que c’est ?

« C’est un contrat dans lequel l’assuré, en l’occurrence le joueur, n’est pas le bénéficiaire des garantis, mais son club. Le contrat homme-clé est le contrat que va souscrire le club pour couvrir les montants de transferts ou la valorisation de ces joueurs. Par exemple, Neymar est acheté 222 millions d’euros par le Paris-Saint Germain, et le club va souscrire une assurance du même montant, au cas où le joueur décède, ou, suite à un problème de santé, ne puisse plus jouer au football. »

(Didier Loiseau parle du contrat homme-clé à BFM TV concernant le cas Neymar)

 

Outre le contrat homme-clé, quelles sont les mesures envisagées aujourd’hui par des entreprises comme la vôtre pour assurer correctement des grands joueurs en Europe?

« Aujourd’hui, des solutions existent pour assurer des grands joueurs à travers deux cadres d’assurances. La réassurance et la co-assurance. La première,  c’est une opération par laquelle un assureur se fait garantir par un autre assureur. Alors que la deuxième,  c’est lorsque les sociétés dassurance font appel à d’autres assureurs pour couvrir un assuré (le joueur). Ce sont les mesures que nous prenons lorsque le risque est élevé et que le montant des biens à garantir est lui aussi important ».

Le rapport assurances/blessures

Comment sont déterminés les contrats d’assurances dans le milieu du football, qui est un métier mettant en danger l’intégrité physique ?

« Il y a ce qu’on appelle des conditions d’acceptation. C’est à dire qu’aujourd’hui, les joueurs subissent des bilans extrêmement importants pour le club, pour pouvoir contrôler toutes anomalies et problèmes de santé. Ils subissent des examens médicaux, et remplissent un questionnaire de santé. Nous, les assurances, nous nous appuyons sur les résultats de ces bilans, pour déterminer le contrat d’assurance susceptible de convenir au joueur. Un joueur qui a subi de nombreuses blessures comme Abou Diaby est donc beaucoup plus difficile à assurer, car il représente un risque financier. »

(Didier Loiseau s’exprime sur le cas Abou Diaby sur le plateau de SFR Sport)

Est-il relativement simple pour un footballeur professionnel d’être indemnisé en cas de blessure ?

« Oui car aujourd’hui, dans notre métier, nous sommes crédibles qu’à partir des sinistres que l’on paie. Notre job, c’est de faire en sorte que tout les sinistres qui doivent être payés le soient. Mais nous avons déjà dû faire face à certains dossiers compliqués. Il est déjà arrivé à plusieurs reprises que le joueur, lorsqu’il rempli son questionnaire de santé ne déclare pas toutes les blessures qu’il a eu auparavant. Dans ce cas précis, le joueur risque ne pas être indemnisé. Mais cela n’arrive presque plus, car aujourd’hui, avec internet, toutes les informations sur le joueur sont scrutées de manière attentive et sérieuse. »

Pour terminer, un petit mot pour l’AJ Auxerre, votre ancien club ?

« C’est un club que je porte dans mon cœur.  Tout ceux qui y sont passés ont été marqués, par la force des choses. L’AJ Auxerre était un club à part, avec un entraîneur à part (Guy Roux) et j’ai forcement un attachement particulier pour Auxerre. »

Résumé de Auxerre- PSG, 1982

Crédit photo : ©cc//Capture d’écran / SFR Sport

Bertrand Bielle.